Le Kenniscentrum Digisprong a publié début avril 2026 un marché public qui mérite d’être lu attentivement. Non pas parce que les marchés publics sont généralement une lecture captivante, mais parce que celui-ci demande explicitement une expertise open source, une vision didactique approfondie et une connaissance de la souveraineté numérique. Budget : jusqu’à 700 000 euros. Date limite pour les offres : 1er juin 2026. Session d’information : 5 mai 2026.
Pour qui veut connaître le contexte de Digisprong : lisez d’abord notre article précédent. En résumé : le gouvernement flamand a passé cinq ans à construire discrètement une infrastructure d’apprentissage open source pour ses deux millions de personnes dans l’enseignement, et passe maintenant au niveau supérieur en faisant de l’open source également le thème de contenu de sa formation professionnelle.
Ce que le marché demande concrètement
Le marché (référence OND/KCDigisprong/2026/opensource) est divisé en deux lots. Vous pouvez soumissionner pour l’un ou les deux. Les deux sont naturellement complémentaires, et pouvoir traiter les deux ouvre des possibilités qui renforcent les deux résultats.
Le lot 1 porte sur le développement et la mise à disposition d’un catalogue complet de formations en ligne sur les applications open source, hébergé sur la plateforme gouvernementale e-leren.be (Moodle/H5P/Xerte). Le Centre de connaissances attend au moins 40 modules e-learning, répartis en deux parcours.
Le parcours pour les enseignants (20 modules) couvre notamment : la mise à jour de trois modules Xerte existants, les logiciels de bureau open source (LibreOffice, OnlyOffice), les outils graphiques (GIMP, Scribus, Penpot), le montage vidéo (OBS Studio), le système d’exploitation Linux, les outils de collaboration (Nextcloud, CryptPad, Etherpad, Collabora), la gestion de portfolio (Mahara), les outils didactiques (GeoGebra, Xournal+), l’audio (Audacity, VLC), les navigateurs (Firefox), le matériel (Arduino, Raspberry Pi niveau débutant) et les outils pour l’enseignement en ligne (BigBlueButton, Jitsi Meet).
Le parcours pour les coordinateurs ICT et les équipes ICT (20 modules) est nettement plus technique : administration système Linux avancée, gestion des identités et des accès (Keycloak, Authentik, Casdoor), gestion des appareils (Headwind MDM, FleetDM), monitoring et sécurité (Wazuh, Grafana, Kibana, pfSense), DevOps et interopérabilité (GitHub, LTI, xAPI, QTI), gestion de contenu et stockage (Nextcloud/OpenCloud avec Collabora), plateformes vidéo (PeerTube), planification et administration (iTop, Unitime) et gestion des mots de passe (KeePassXC).
Ces deux parcours sont fondamentalement différents en ton et en profondeur. L’un demande de la créativité didactique et une connaissance de la pratique de classe. L’autre exige une expertise en administration système et une familiarité avec la gestion d’infrastructure dans un contexte scolaire.
Au-delà des 40 modules, le lot 1 comprend également un coaching et un soutien tout au long de la durée du contrat : au moins 6 et au maximum 10 initiatives de coaching collectif d’au moins 30 minutes chacune, plus au moins 2 heures d’accompagnement individuel ou en groupe par mois. Le marché attend également que le prestataire organise une journée d’étude pour 150 participants de tous les niveaux d’enseignement, avec un programme pour les équipes ICT et les enseignants (les locaux sont mis à disposition par Digisprong ; l’organisation et la promotion incombent au prestataire).
La durée est de 27 mois, avec la possibilité d’une prolongation d’un an.
Le lot 2 est plus pratique et orienté coaching : accompagner 50 écoles ou groupes d’écoles dans une transition effective vers l’open source dans leur politique ICT. Pas un atelier d’une journée, mais un processus de plusieurs mois par école (au moins 6 moments d’intervention, dont un entretien d’entrée en présentiel). Par école, vous livrez des résultats concrets en matière de politique : un cadre de décision open source, une feuille de route, des ajouts au plan de politique ICT, et un plan d’adoption et de communication. Une répartition géographique sur les niveaux d’enseignement est une attente explicite.
Les critères d’attribution sont parlants : 45 % qualité de l’approche, 35 % prix, 20 % expertise. La qualité compte plus que le prix. Il y a aussi de la place pour se former en cours de route.
Qui peut soumissionner ?
Le seuil formel est bas : chiffre d’affaires annuel minimal de 50 000 euros et trois références pertinentes datant de trois ans maximum. C’est accessible aux petites et moyennes organisations.
La barre substantielle est nettement plus haute. Le marché fait explicitement référence au cadre DigCompEdu (le cadre européen de compétences numériques des enseignants), aux principes multimédia de Mayer et aux neuf événements d’instruction de Gagné (tous deux des références incontournables en conception pédagogique et développement e-learning), à l’instrument EDBI pour la mesure de l’efficacité des interventions d’accompagnement, et à Pictos, l’outil de planification de Digisprong pour les plans de politique ICT dans les écoles. Pour le lot 2, une expertise technique est également attendue : installation et configuration de systèmes open source, accompagnement à la migration, gestion de réseau, gestion des identités et des accès.
Personne ne dispose de tout cela en interne. C’est précisément le point.
La coopération comme atout
C’est un marché conçu pour la collaboration. Le soumissionnaire idéal n’existe probablement pas comme organisation unique, mais comme consortium de parties qui se complètent.
Profils qui se cherchent :
- Un chef de projet capable de coordonner l’ensemble
- Des experts en création de matériel pédagogique avec expérience dans Moodle, H5P et/ou Xerte
- Des consultants open source et administrateurs système connaissant les outils du marché
- Des accompagnateurs pédagogiques et de trajectoire avec expérience en soutien à la politique ICT dans les écoles
- Des associations et organisations actives dans la souveraineté numérique et l’éducation open source
La combinaison d’expertise didactique (lot 1) et d’accompagnement technique et politique (lot 2) demande une équipe suffisamment large pour porter les deux volets, mais suffisamment focalisée pour présenter une vision cohérente.
Chez BeLibre, nous rassemblons actuellement un groupe de spécialistes open source belges qui envisagent de créer conjointement une coopérative. Les partenaires plus petits peuvent ainsi faire partie d’un consortium sans porter seuls l’ensemble de la charge administrative et financière. Si vous êtes intéressé, contactez Christopher Peeters à christopher@belibre.be.
Pourquoi ça vaut la peine
Ce n’est pas un marché public ordinaire. La plupart des marchés dans le domaine de l’enseignement demandent de déployer des plateformes commerciales existantes, d’intégrer des services SaaS ou de déployer des produits Microsoft ou Google. Celui-ci demande le contraire : aidez les écoles à comprendre pourquoi elles ne devraient pas dépendre d’un seul fournisseur, et donnez-leur les outils et les connaissances pour concrétiser cela.
Ce que vous développez reste également disponible. Les droits de propriété intellectuelle sont transférés au gouvernement flamand pour un usage libre, ce qui signifie que les modules, guides et documents de politique que vous créez seront également accessibles aux écoles en dehors du périmètre du marché. L’impact va au-delà des 50 écoles accompagnées ou des 40 modules.
Pour les organisations qui plaident depuis des années pour l’open source dans le secteur public, c’est une occasion de traduire ces plaidoyers en quelque chose de concret : un marché où le gouvernement lui-même demande ce que vous recommandez depuis des années.
Informations pratiques
La session d’information a lieu le 5 mai 2026 à 14h00, en ligne via Teams. L’inscription est ouverte jusqu’au 5 mai à 11h00 via le lien sur la plateforme e-procurement. Les questions sur le marché peuvent être envoyées à kenniscentrumdigisprong@ond.vlaanderen.be (mentionnez le numéro de référence). Les offres doivent être soumises électroniquement via publicprocurement.be, au plus tard le 1er juin 2026 à 12h00. Attention : une fois soumise, vous êtes lié à votre offre pendant 120 jours calendrier.
Lisez également attentivement l’accord de traitement des données en annexe. Il est plus strict que le RGPD sur plusieurs points : un délai de notification de 24 heures pour les violations de données (le RGPD prévoit 72 heures), l’obligation de traiter les données personnelles exclusivement sur le territoire de l’UE, et l’exigence d’un consentement écrit préalable pour tout sous-traitant traitant des données personnelles. Pour un consortium avec plusieurs partenaires, cela a des implications procédurales.
Intéressé par l’adhésion à la coopérative en cours de création ? Contactez Christopher Peeters à christopher@belibre.be.